Le festival sans prévention drogues
VALERY SAINTGHISLAIN
vendredi 13 juin 2008, 09:46
MODUS VIVENDI et le service de prévention de la Ville de Mons ne seront pas à Dour. Le clash après 12 ans de présence.
Après 12 années de collaborations fructueuses, les équipes du Service de prévention de la Ville de Mons et celles de l’ASBL bruxelloise Modus Vivendi ne prendront pas en charge cette année la réduction des risques, et notamment en matières de consommations de stupéfiants, sur le site du festival de Dour du 17 au 20 juillet prochain. Le conseil d’administration de Modus Vivendi a validé ce retrait tandis que le service de prévention de la Ville de Mons a rédigé un rapport argumenté à destination du collège des bourgmestre et échevins montois.
Comment en est-on arrivé là ? La décision de ne pas prolonger la collaboration part du constat, dans le chef des associations, « d’une rupture de confiance » nécessaire (pour ne pas écrire primordiale) dans le domaine de la réduction des risques. Tout serait parti « d’incidents », survenus en juillet 2007. Une nuit, sans en connaître le motif, les équipes de prévention constatent lors d’une ronde qu’une jeune femme est brutalisée par plusieurs individus, revêtus des T-shirts noirs qu’arbore d’ordinaire le service d’ordre du festival. Ils tentent d’intervenir et sont eux-mêmes pris à partie. Un jobiste de Modus Vivendi aura la bouche en sang et la directrice sera giflée dans l’empoignade.
La même nuit, un autre incident serait également survenu : cette fois, c’est un jeune homme qui est molesté par des T-shirts noirs. Là encore, les équipes de Mons et de Modus tentent d’intervenir. En vain. Le jeune homme réapparaîtra plus tard dans la nuit, le visage tuméfié : un médecin urgentiste travaillant pour Modus l’enverra faire des radios qui révéleront une fracture de la mâchoire. Plainte contre X est déposée par l’ASBL Modus Vivendi. Les auteurs de la double agression ne seront jamais identifiés et la Justice classera la plainte sans suite. Les travailleurs sociaux accusent l’organisation du festival de n’avoir pas collaboré à l’identification des auteurs. Une réunion de conciliation, convoquée en octobre 2007, n’a pas résolu le désaccord.
C’est le clash. Modus Vivendi et le service de prévention de la Ville de Mons viennent de faire part de leur décision aux ministres Fonck (CDH) et Donfut (PS), en charge respectivement de la Jeunesse et de la Santé. Une longue lettre détaillant les incidents et faisant état d’« un énorme regret : celui de retirer à un public dont nous avons gagné la confiance au cours des années, l’accès à des services de santé publique utiles ». En 2007, les équipes avaient presté plus de 600 heures sur le site de la Machine à Feu. Et la « relax zone » avait accueilli 300 festivaliers.
L’organisateur déplore lui aussi cette rupture. Il regrette également que la décision ait été prise si proche de l’événement, ne lui permettant pas de trouver une alternative. « Si la réunion de conciliation d’octobre 2007 n’était pas concluante, ils n’avaient qu’à me le signifier tout de suite », commente, amer, Carlo Di Antonio. Dans l’immédiat, il a demandé à la Croix-Rouge de renforcer ses effectifs. Le patron du Dour festival reconnaît le caractère « regrettable » des incidents mis en avant par Modus Vivendi mais répète ne pas pouvoir tolérer d’ingérence dans le travail du service de sécurité. « Je me suis souvent trouvé en porte-à-faux, entre la police et les associations. La police n’a jamais trop apprécié que Modus Vivendi travaillent avec d’anciens toxicomanes. Elle reproche la création d’une zone de non-droit sur le festival que les dealers utilisent parfois pour échapper à la police ». Carlo Di Antonio, par ailleurs député-bourgmestre CDH, a une lecture également politique de ce dossier. « Notre festival fait actuellement l’objet d’une campagne très dure. La ministre Laanan (PS) nous a adressé une mise en garde par rapport aux conditions sanitaires, pointant un manque de douches et de WC sur le site. Je vais y répondre parce que je ne peux tolérer la façon dont cette soi-disant enquête a été menée ».
Pour la diminution des risques, un retour en arrière reste envisageable. « Dans l’intérêt des festivaliers », dit l’organisateur. La ministre Fonck (CDH) pourrait jouer les bons offices. Dans un courrier, elle enjoint aux différentes parties de trouver un terrain d’entente. Son cabinet explique que si la ministre ne peut tolérer que toutes les mesures de sécurité ne soient pas prises, « elle ne peut se résoudre à ce que la mission de prévention, dans un lieu aussi privilégié, s’interrompe ».
Chez son collègue socialiste Didier Donfut, le ton est un peu moins conciliant. « On peut s’attendre au pire (si les missions de réduction des risques ne sont pas assumées, NDLR) », prédit-il. Didier Donfut annonce qu’il écrira au bourgmestre de Dour (Carlo Di Antonio, donc) pour que ce dernier prenne toutes les mesures nécessaires pour pallier au manquement. Il annonce aussi qu’il informera par écrit le ministre de l’Intérieur du risque présenté par la situation douroise.
Source : http://www.lesoir.be/regions/hainaut/dour-les-associations-se-sont-2008-06-13-605574.shtml
J’attend le vôtre… (pour ceux qui y sont déjà allés, les autres, ça ne m’intéresse pas).